Tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Tu te lèveras à l'heure à laquelle tu as l'habitude de te coucher, tu iras bosser en berline, et tu écouteras les infos dans les embouteillages. Tu poseras ton cul conditionné dans un fauteuil en cuir et tu conteras fleurette à ta secrétaire qui crachera dans ton café parce qu'elle n'en pourra plus d'épousseter chaque jour la photo encadrée de ta baraque à Saint-Tropez avec toi, ta femme, tes deux gamins timoré et le chien. Tu liras les journaux, tu auras des opinions politiques à côté de la plaque, tu voteras pour le programme qui diminue l'impôt sur la fortune. Le soir, tu regagneras tes pénates sans même te rendre compte de l'absurdité de ta vie, tu enfileras un sweat Polo Golf rose tu dîneras avec ta conne, et la conversation roulera sur l'épidémie d'adultères qui sévit parmi vos amis, tu ne lui diras pas que ça s'étend jusque chez vous. Tu auras perdu ta jeunesse et tu n'en auras même pas conscience. Vous ronflerez côte à côte dans le paquebot de quatre mètre carrés qui vous servira de lit, vous ne vous effleurerez même pas. Tu t'en foutras parce que tu préféreras aller au bordel ou aux putes boulevard Lannes. Tu deviendras tes parents. Tu seras un cliché vivant.
Non.. Tu crois vraiment que tu finiras aussi bien que ça ?
Tu rêves, ce serait trop facile. L'idéal bourgeois, c'est encore trop bien pour toi, tu n'en es même pas capable. Tu rates tout, même ton prénom est raté, une caricature. Et c'est ce que tu es, une caricature du pauvre mec qui a tout ce qui n'est rien.
Tu m'as cassé les couilles au bout de six mois. Pourquoi je suis partie, à ton avis ? Parce que je ne voyais pas comment te dire que pour moi c'était fini, j'avais pas envie que tu me supplies de rester, et de rester par pitié. Je suis partie, c'était plus simple. Et le pire, c'est que tu n'es même pas capable d'être constant dans tes petits sentiments minables, tu t'es mis avec ta pute au bout de quoi, un mois ? T'as oublié tes petits messages désespérés ou tu noyais mon répondeur de Reviens !?
Et maintenant, t'es content , tu fais des galipettes, tu te prétends amoureux alors que tu te tapes dix pouffiasses de banlieue par semaine pendant que ta bouffonne rêve de toi sans ses draps Bambi ! T'es défoncé du matin au soir, toi qui contrôlais tout.. Et tu te prends pour un mec équilibré qui vit une histoire formidable avec une fille charmante ? Nous savons très biens tous les deux que 'est un mensonge criant. Équilibré, toi ? T'as de ces trouvailles, c'est risible !
A part ça quoi de neuf dans ta misérable vie ? Tu déprimes plus qu'hier et moins que demain. Tu dors toute la journée, et tu ne fais rien de tes nuits. Tu te défonces la tête en pensant que échappes à ton destin d'origine, bon fils à papa qui fait une prépa HEC, qui sort pas en boîte, qui a des boutons plein la gueule ? Mais c'était pas ça, ton destin. Ton vrai destin, t'es en plein dedans, pauvre débile, t'en es prisonnier, de ton destin, de ton destin de raté !
Pauvre petit qui fait le malin, qui pense dépasser la fatalité en roulant à deux cents à l'heure dans sa petite Porsche de merde ! Il y croit dur comme fer, et ils s'enfonce un peu plus chaque jour dans ses délires existentialistes. La fatalité, ça va plus vite qu'une GT3, chéri !
Sinon, il a des amis de tous les sexes et des passions, les premiers sont ses dealers et ses putes, ils lui fournissent de quoi contenter les secondes, moyennant substantielle rétribution. Il a même une petite amie, elle est blonde et cocue. Son ambition ; acheter le Queen et vivre dedans. Sa situation financière, trente mille francs par mois qu'il rackette à son père pour acheter de la coke, voir plus haut. Si ce dernier commence à en avoir marre d'avoir engendré pareille tare, et envisage de ne plus cautionner ses agissements stériles en lui coupant les vivre, Lui, préférera sacrifier Laïos plutôt que ses goûts de luxe, et enverra son dealer - qui fait des extras à l'occasion - ôter la vie de celui qui la lui a donnée. Il sera riche mais torturé, les Erinyes ne lui lâcheront plus la grappe, et il finira par se raser les poignets, se goinfrer de Lexomil, se décerveler au fusil de chasse.. Il se ratera puisqu'il rate tout, et achèvera l'abberation de sa vie légume à l'Hôpital américain où sa pute lui apportera des chocolats avant de prendre le voile aux Ursulines.. Voilà. Une vie, un homme, Dulce et décorum, RIP, bonne nuit et dégage !